Antoine Nokerman

Juriste d’entreprise à l’honneur

Après des débuts comme avocat au barreau de Bruxelles, Antoine Nokerman rejoint la Royal Belgian Football Association en 2020. Depuis, sa fonction de juriste s’est progressivement élargie, au rythme des enjeux juridiques et institutionnels du football belge. Il nous partage son parcours, son quotidien et sa vision des défis qui attendent aujourd’hui le secteur.

Pouvez-vous retracer l’évolution de votre carrière jusqu’à présent ?

J’ai étudié le droit à l’Université catholique de Louvain et j’ai complété ma formation par deux expériences à l’étranger, à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université d’Amsterdam. J’ai ensuite débuté ma carrière comme avocat au barreau de Bruxelles, dans des matières liées au droit des affaires, au droit des contrats et au contentieux.

J’ai rejoint la Royal Belgian Football Association (RBFA) en mars 2020, au début de la crise sanitaire. Cette évolution vers le monde du football s’est imposée comme une belle opportunité de combiner mon intérêt pour le sport avec une pratique juridique variée et directement liée aux réalités du terrain. Depuis lors, j’ai continué à me former, notamment via des programmes organisés par l’UEFA et la FIFA, et je suis devenu membre de la Commission des licences de Hockey Belgium.

Comment votre fonction au sein de votre entreprise actuelle a-t-elle évoluée au fil du temps ?

À mon arrivée à la RBFA, mes missions concernaient principalement la rédaction, l’évolution et l’application de son règlement, ainsi que l’accompagnement juridique de ses différents départements. J’étais également impliqué dans la gestion des relations avec les agents de football.

Avec le temps, ma fonction s’est élargie. Aujourd’hui, j’interviens sur des matières diverses, comme les contrats, la gouvernance, les affaires disciplinaires ou encore la lutte contre le blanchiment d’argent. Cette évolution s’est faite progressivement, au fil des dossiers et de la confiance construite avec les différentes parties prenantes. J’apprécie cette position transversale, qui permet d’avoir une vision globale de l’organisation et de contribuer à des projets variés.

À quoi ressemble une journée/semaine type pour vous ? Quelles sont vos types de tâches préférées ?

Il n’y a pas de journée type dans le football, et c’est probablement ce qui me plaît le plus dans ma fonction. Une même journée peut combiner la révision d’un contrat de sponsoring, l’analyse d’une question réglementaire liée à l’organisation d’un match à huis clos, le suivi d’un dossier disciplinaire concernant un agent de football et des échanges avec la FIFA sur l’égibilité d’un joueur en équipe nationale.

J’apprécie surtout les dossiers de droit du sport qui dépassent l’analyse juridique pour toucher à des enjeux fondamentaux du secteur du football, notamment en matière de gouvernance. Ils imposent de concilier plusieurs aspects liés au droit, en contribuant à structurer durablement le cadre dans lequel le sport évolue.

Pouvez-vous nous décrire l’activité de la Royal Belgian Football Association en quelques mots ?

La RBFA organise, développe et promeut le football en Belgique. Elle se situe au cœur d’un écosystème qui va du football amateur au football professionnel, des équipes nationales aux arbitres, entraîneurs, clubs, joueurs et supporters, en passant par les projets sociétaux liés au football.

Ce qui rend cette organisation particulière, c’est la place qu’occupe le football dans la société belge. Quasiment un citoyen belge sur vingt-quatre est affilié à la RBFA. Le football est un sport, mais aussi un symbole d’identité collective fort en Belgique. Travailler pour une fédération comme la RBFA signifie donc contribuer à un secteur qui dépasse largement le cadre du terrain.

Quels sont les grands défis qui vous attendent ?

Les défis sont nombreux, parce que le football évolue constamment.

Sur le plan juridique, il faut répondre à des exigences de gouvernance et de conformité de plus en plus élevées, et tenir compte d’enjeux essentiels tels que l’intégrité et la responsabilité sociale.

Un autre défi important tient à l’exposition médiatique du football. Peu de secteurs suscitent autant de réactions. Cette visibilité est une force, car elle témoigne de la place unique qu’occupe le football dans la société, mais elle implique aussi une responsabilité accrue. Les décisions doivent être juridiquement solides, mais également compréhensibles, cohérentes et défendables dans un environnement où elles peuvent rapidement être discutées publiquement.

Pour un juriste d’entreprise, cela suppose de trouver un équilibre permanent entre la réactivité qu’exige le monde du football et la rigueur nécessaire à une organisation responsable. C’est un exercice parfois délicat, mais aussi particulièrement intéressant.

Face aux situations sensibles dans le football, quel rôle joue votre expertise juridique au quotidien ?

Dans les situations sensibles, le droit aide surtout à garder le cap. Les réactions peuvent être intenses dans le football, parce que ce sport touche beaucoup de personnes et suscite un attachement particulier. Mon rôle est alors d’apporter du recul et de veiller à ce que les décisions ne soient pas prises uniquement sous la pression du moment. J’essaie de rendre les choses plus claires, de rappeler le cadre applicable et d’aider l’organisation à avancer de manière cohérente. C’est une dimension du métier que j’apprécie, parce qu’elle montre que le juriste n’est pas seulement là pour signaler les risques, mais aussi pour aider à construire des solutions réalistes et responsables.

Hormis votre travail de juriste d’entreprise, quels sont vos centres d’intérêt ?

Le sport occupe une place importante dans ma vie, au-delà de mon activité professionnelle. J’ai longtemps pratiqué le hockey et je joue aujourd’hui au padel, tout en faisant du CrossFit. J’ai aussi un intérêt marqué pour la musique. Je joue de la guitare et je chante pour mon public préféré, à savoir ma famille. Enfin, je m’intéresse à plusieurs univers souvent associés à la culture geek, notamment les jeux de société et la science-fiction. Ces centres d’intérêt m’apportent un équilibre précieux car ils me permettent de prendre du recul et de déconnecter.

Antoine Nokerman

Juriste d’entreprise, Royal Belgian Football Association

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