Laurence Van Meerhaeghe

Juriste d’entreprise à l’honneur

Juriste de formation, elle a d’abord exercé pendant plus de huit ans au barreau de Bruxelles avant de rejoindre le service juridique d’une banque, où elle a développé un intérêt marqué pour les questions liées aux données et aux nouvelles technologies.

Depuis cinq ans, elle est juriste d’entreprise au sein de FEBELFIN, où elle contribue à l’élaboration des réglementations et à la défense des intérêts du secteur financier.

Pouvez-vous retracer l’évolution de votre carrière jusqu’à présent.?

Avant de devenir juriste d’entreprise, j’ai eu la chance de me forger une belle expérience au barreau de Bruxelles. Pendant un peu plus de huit ans, j’ai travaillé chez Janson, un cabinet d’avocats, principalement en droit de la responsabilité civile et des assurances. Après plusieurs années passées en contentieux, j’avais envie de découvrir le droit sous un autre angle, celui du conseil et de la prévention, ce qui m’a menée vers le service juridique d’une banque. Une expérience très enrichissante, notamment grâce à la diversité des matières juridiques à traiter et à la forte culture de conformité propre au secteur.

C’est dans ce cadre que j’ai commencé à m’intéresser aux questions liées aux données et aux nouvelles technologies, des sujets sur lesquels je me suis spécialisée au fil du temps, même si mon travail actuel ne se limite pas à ça. Depuis cinq ans, je suis juriste au sein de la fédération du secteur financier (FEBELFIN). Ce rôle me permet de découvrir encore une autre facette du métier juridique :  celle de l’adoption de réglementations, tant au niveau national qu’européen, et de la défense des intérêts du secteur dans des discussions plus politiques. C’est un exercice très différent de celui des échanges entre confrères devant un juge ou des discussions internes en entreprise lorsqu’il s’agit d’implémenter une loi.

Comment votre fonction au sein de votre entreprise actuelle a-t-elle évoluée au fil du temps ?  

L’évolution s’est principalement faite sur le plan de l’expertise. J’avais déjà un vif intérêt pour les matières liées aux données, et lorsque la Commission européenne a lancé sa stratégie européenne des données en 2020, incluant l’intelligence artificielle, j’ai voulu approfondir ma compréhension des enjeux pour le secteur financier. C’est ce qui m’a conduite à suivre un Executive Master in Law & AI au Brussels Study Center en 2021.

Cela fait maintenant cinq ans que je travaille chez Febelfin, et je peux dire que ma fonction est à la fois dynamique et enrichissante. J’ai la chance de traiter des sujets en constante évolution, en collaboration étroite avec d’autres juristes actifs au sein de nos membres, ce qui rend le travail particulièrement stimulant.

À quoi ressemble une journée/semaine type pour vous ? Quelles sont vos types de tâches préférées.?

Une semaine type peut comprendre les tâches suivantes (non exhaustif):

  • Suivi des publications de nouvelles propositions de loi, réglementations européennes, recommandations, etc. et analyse préalable des ces textes pour informer nos membres d’un potentiel impact sur le secteur ;
  • Le cas échéant, analyse plus approfondie de l’impact opérationnel et juridique sur le secteur en collaboration avec plusieurs experts membres pour mieux informer le législateur dans la rédaction de son texte ;
  • Echanges avec les régulateurs, superviseurs, et autres acteurs de la société (organisations représentatives de certains groupes, autres professions juridiques,…) ; 
  • Participation à des réunions internes (avec les experts des banques) ou externes (avec des régulateurs ou superviseurs) ;Participation à divers colloques et conférences.

Ce que j’apprécie le plus, c’est de pouvoir apprendre en continu, que ce soit sur le plan juridique ou plus opérationnel, grâce aux échanges quotidiens avec des experts. C’est vraiment stimulant intellectuellement.

Pouvez-vous nous décrire l’activité de FEBELFIN en quelques mots.?

Febelfin est la fédération du secteur financier belge. Elle représente des banques et d’autres institutions financières (à l’exception des assureurs) auprès des régulateurs, des gouvernements et autres parties concernées. Ses rôles principaux comprennent la coordination sectorielle et représentation auprès de tous les acteurs de la société, la préparation et le suivi des positions sectorielles, et le dialogue avec les autorités de surveillance (ex. la Banque Nationale de Belgique, la FMSA, le SPF Economie,…). A côté de cela, la fédération est également très impliquée dans les défis sociétaux que peut représenter le monde financier ( ex. l’inclusion numérique, l’éducation financière,…)

Quels sont les grands défis qui vous attendent ?

D’abord, la gestion de la production législative, qui s’intensifie tant au niveau belge qu’européen.
Le rythme est soutenu, et cela rend le suivi réglementaire particulièrement complexe. On se retrouve face à des textes qui se chevauchent, se contredisent ou manquent de clarté, ce qui complique sérieusement le travail d’interprétation et d’application. Pour les juristes, cela signifie une vigilance constante et une capacité d’analyse accrue pour rester à jour et pertinent.

Ensuite, il y a la transformation du métier sous l’effet des nouvelles technologies. Les juristes expérimentés ont développé leur expertise à travers des années de pratique, fondée sur la recherche juridique approfondie, la rédaction rigoureuse et le raisonnement critique. En parallèle, les jeunes générations apprennent et travaillent différemment, souvent avec des outils numériques qui automatisent certaines tâches. Ce n’est ni mieux ni moins bien, mais cela pose la question de la cohabitation entre ces deux approches, et surtout de la manière dont on peut en tirer le meilleur.

Vous êtes membre du Conseil de l’IJE. Quelles sont vos ambitions au sein du Conseil ?  

Cela fait écho à la question précédente. L’IJE met déjà à disposition des juristes d’entreprise un large éventail de ressources pour les aider à suivre le rythme soutenu des évolutions réglementaires. Cela passe par des formations dans des domaines variés, mais aussi par les Practice Groups, qui permettent aux juristes d’échanger sur des problématiques concrètes. Il y en a pour tous les goûts.

Dans cette dynamique, l’IJE souhaite également jouer un rôle actif dans la préparation des juristes d’entreprise, actuels et futurs, aux défis que posent les nouvelles technologies. Par exemple, en leur apportant de la connaissance théorique, et surtout pratique, et en créant des ponts entre les juristes en devenir et les juristes déjà plus expérimentés.

Hormis votre travail de juriste d’entreprise, quels sont vos centres d’intérêt ?

Sans grande originalité, j’aime voyager, que ce soit pour découvrir de nouvelles cultures ou pour des activités plus sportives. Je fais régulièrement du sport, comme du running, du vélo et de la natation. Depuis deux ans, je découvre les joies de l’improvisation théâtrale, une activité ludique qui m’aide à déconnecter et à lâcher prise.

Quel est votre livre de chevet, ou quelle lecture récente vous a particulièrement marquée ?

J’hésite entre le RGPD et l’AI Act….Je plaisante 😉

Laurence Van Meerhaeghe

Juriste d’entreprise, FEBELFIN

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